Le secret d’une carrière épanouie | Ronan Quemener

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Par Ronan Quemener

Photo crédit AFP

Bonjour, je m’appelle Ronan Quemener et je suis le gardien de Dornbirn, équipe évoluant dans la ligue autrichienne (EBEL).

Après avoir évolué en France au sein de la Ligue Magnus dans les clubs de Rouen, Gap, Grenoble et Briançon, j’ai joué en Finlande (Jukurit en Mestis), en Suède (Asplöven en Allsvenskan) puis l’an dernier au Danemark (Aalborg en Metal Liga). J’ai également participé à plusieurs championnats du monde avec l’équipe de France.

Lorsque Paramount Hockey m’a contacté pour rédiger un article sur un sujet en particulier, je vous avoue avoir éprouvé des difficultés à choisir ce sur quoi j’allais écrire, tant le poste de gardien de but recèle de multiples facettes. Je vais donc aujourd’hui tenter de partager avec vous ce qui me semble refléter les points forts de mon expérience afin d’aider, je l’espère, de nombreux gardiens qui pourraient être dans la même situation.

Photo crédit par Jan Korsgaard

 

Comment faire sans coach de gardiens ?

A 29 ans, pour la première fois de ma carrière, j’ai l’honneur d’avoir un entraîneur de gardien au quotidien. Dire que je n’en ai jamais eu serait mentir puisque j’ai eu la chance de participer à des stages estivaux puis de trouver des bénévoles plus que dévoués dans des clubs et enfin d’évoluer avec l’équipe de France qui a décidé il y a quelques années d’encadrer les gardiens de but. Mais depuis 26 ans que je joue au hockey et depuis 9 ans que je joue en professionnel, c’est la première fois qu’un coach dédié est à ma disposition.

J’aimerais vous parler en premier lieu de ce que j’ai essayé de mettre en place pour faire face à ce manque.

J’essaie, en premier lieu, de diminuer les temps d’inactivité lorsque je suis sur la glace. Ceux-ci peuvent en effet être récurrents pour un gardien pendant que les joueurs travaillent les phases collectives et il est souvent facile d’attendre que le palet revienne. Le problème, c’est que l’on n’a pas forcément beaucoup d’heures de glace, surtout quand on est plus jeune, et il faut donc les optimiser. Dans le même registre, j’ai pris l’habitude de suivre tous les rebonds à l’entraînement, et ce depuis des années. Ceci m’a permis de développer plus de facilité à le faire en match et d’améliorer mon jeu de jambes. Travailler, de cette manière, à plus haute intensité, et donc prendre l’habitude d’évoluer dans un état de fatigue et donc de lucidité diminuée, m’aide aussi beaucoup pendant les matchs.

Ensuite, j’ai toujours essayé de trouver et de motiver des personnes dans l’entourage des différents clubs afin de m’aider dans différents domaines (physique, technique et mental) et j’ai souvent voulu donner la chance à des personnes qui se sont proposées pour m’aider. Avec le temps, je me suis rendu compte que tout le monde a un regard différent ou une méthode de travail différente et qu’il est toujours intéressant d’essayer de nouvelles alternatives et de les intégrer à sa pratique si elles portent leurs fruits.

A l’heure actuelle, Internet et les réseaux sociaux sont un formidable panorama de tout ce que l’on peut rechercher (exercices de gardiens, analyse technique, tactique, conseils de préparation physique et mentale…). Ma curiosité est donc continuellement rassasiée et cela me permet d’affirmer mon identité de gardien de but. Pour anecdote, lorsque j’étais en finale de Mestis, après le deuxième match à la suite duquel nous avions perdu 5-0 à l’extérieur, lors du retour en bus, j’ai trouvé un article sur la façon dont Carey Price attache ses jambières pour donner plus de liberté à ses chevilles, ses genoux et ses hanches, notamment en papillon. Le lendemain, j’ai essayé ceci à l’entraînement, ce qui m’a paru concluant, et, le surlendemain, j’ai joué comme ça. Je ne pourrais pas vous dire si cela a changé quelque chose à mon jeu, mais toujours est-il qu’on a gagné la finale. Ce que je veux dire par là, c’est que la curiosité m’a aidé à longueur de temps à me renouveler, à évoluer et à me stimuler sans avoir peur de rater, de recommencer et de sélectionner. Ces essais m’ont permis aussi de me donner des points de travail pour chaque entraînement et donc des objectifs à atteindre, ce qui me demande une concentration importante que l’on peut retrouver en match. J’essaie de m’entraîner au maximum dans les conditions d’un match pour que, le jour du match, le naturel prenne le dessus.

 

Crédit image: Martin Rose/Getty Images Europe

 

Ma relation avec les coachs

Sans chercher à les dénigrer, la très grande majorité des entraîneurs a très peu de notions concernant le poste de gardien de but ; il n’est donc pas toujours facile d’établir une relation de travail avec eux.

Pour ma part, j’ai pendant longtemps porté beaucoup d’attention au jugement de mes coachs : j’avais besoin de sentir leur confiance et d’être apprécié pour bien jouer.

Vous comprendrez bien que, lorsque j’ai été second gardien, j’ai souvent eu l’impression d’être mis de côté et d’être négligé, que ce soit imaginaire ou non. Mais, avec l’expérience, je me suis rendu compte que les entraîneurs ont des problèmes bien plus importants à gérer que les « humeurs » de leur second gardien, bien que posséder un deuxième gardien performant et bien intégré me semble très important pour le niveau d’excellence des entraînements et le maintien de la bonne humeur dans l’équipe et parmi le duo de gardiens. Suite à mon expérience sur ce sujet, je peux vous affirmer qu’il est inutile de montrer son mécontentement car cela ne pourra que vous desservir par rapport à vos coachs et coéquipiers, aussi bien au niveau de l’image qu’ils ont de vous, que de leur envie de vous intégrer plus amplement au projet d’équipe. Ceci est bien entendu beaucoup plus facile à dire qu’à faire (pour ceux qui me connaissent…).

Ce sentiment imaginaire ou non de négligence m’a, personnellement, donné une source de motivation supplémentaire pour toujours travailler au maximum et faire taire les mauvaises langues, qu’elles existent elles aussi ou non. En revanche, la frustration m’a donné beaucoup d’énergie et d’envie, bien qu’elle ait souvent limité la qualité de mon travail.

Enfin, mon dernier conseil serait de faire en sorte d’être toujours prêt car vous n’aurez peut-être qu’une seule chance pour changer votre carrière et devenir premier gardien ou changer de championnat. Pour anecdote, Pekka Rinne a été recruté par une équipe de NHL lors d’un échauffement seulement, car il avait été mis sur le banc le jour où le scout était venu l’observer. Pour ma part, une panne d’électricité m’a permis de jouer un match qui avait dû être reporté et qu’à l’origine je ne devais pas jouer. Après ce match, la hiérarchie a été bousculée et j’ai, par la suite, réussi à devenir premier gardien et à vraiment débuter ma carrière professionnelle.

En tant que premier gardien, j’ai eu de multiples expériences avec différents coachs. Certains étaient aux petits soins car ils avaient très bien compris mon fonctionnement psychologique et d’autres m’ont témoigné moins d’intérêt et ont eu du mal à m’accorder leur confiance. J’ai, malheureusement, souffert de la deuxième situation, ce qui m’a mis dans une situation psychologique très difficile et m’a fait perdre mes moyens sur la glace et le plaisir que j’avais de m’entraîner et de venir à la patinoire. J’avais à ce moment-là uniquement ce sentiment de frustration qui me poussait à travailler en attendant la suite. La saison suivante, je me suis de nouveau retrouvé dans un contexte idéal avec un coach qui m’a apporté des moyens pour faire face aux situations difficiles et aux creux de vagues, et en me supportant quand il le fallait, individuellement ou auprès du groupe. Je suis ensuite parti à l’étranger et, là, il n’y avait plus aucune place pour mes considérations sentimentales. Les débuts ont donc, comme vous pouvez l’imaginer, été compliqués, mais c’est à ce moment-là que l’on parle véritablement d’expérience dans une carrière. En effet, j’ai pu utiliser mes expériences passées pour faire face à ce nouveau défi et j’ai eu le déclic d’enfin jouer pour moi-même et mon plaisir et non pour celui des autres en priorité. Par magie, j’ai réussi à passer un cap aussi bien dans ma tête que sur la glace. Depuis, j’ai vécu différentes situations, je me suis retrouvé dans des équipes aux environnements très divers et avec des coachs bien différents. Mais l’important pour moi maintenant est mon plaisir personnel et que le jugement de mes prestations soit fait honnêtement envers moi-même et/ou par des personnes compétentes.

 

”Ma curiosité est donc continuellement rassasiée et cela me permet d’affirmer mon identité de gardien de but”

– Ronan Quemener

Comment gérer les hauts et les bas quand vous êtes seul ?

Dans tous les championnats, il y a un premier et un dernier et, dans chaque équipe, il y a un gardien. Il est bien sûr plus facile d’être le gardien dans l’équipe première au classement.

Le gardien premier est sur son nuage, adoré de tout le monde (club, supporters…). Il peut gagner le match même avec une mauvaise performance, il s’amuse aux entraînements et peut parfois devenir moins exigeant avec lui-même.

Pendant ce temps, le gardien de la dernière équipe, lui, souffre de la situation. Il est souvent décrié par tout le monde, il perd le match même quand il joue bien, est dans la ligne de mire de son entraîneur, se bat contre lui-même face aux entraînements et tente malgré tout de tout faire pour réussir.

Pour ceux qui ne le savent pas, ces deux gardiens peuvent être la même personne sur deux saisons différentes, et parfois même lors d’une seule saison. Comme beaucoup de gardiens, j’en ai été le témoin. C’est pour cela qu’avec le temps, même si cela est difficile à intégrer, il me semble nécessaire de réussir à prendre de la distance sur ses performances à court terme et toujours voir à moyen ou à long terme si la situation l’exige.

Lorsque je suis dans une bonne passe, j’essaie toujours de continuer à travailler très sérieusement pour maintenir mon niveau, éviter l’arrivée du creux de la vague et viser plus haut. En revanche lors d’une mauvaise passe, j’essaie d’éviter d’être de mauvaise humeur, de ne pas m’isoler du groupe et de continuer à travailler dur pour que ce travail paie au plus vite ou à moyen et long terme. Je pense qu’il est essentiel de trouver des passions ou centres d’intérêt autres que le hockey afin de se changer les idées. Faire la fête peut, de temps en temps, faire beaucoup de bien mais le plus important pour moi reste de trouver un moyen de se définir autrement que par le hockey. Il y a un avant et un après hockey professionnel et il me semble important de relativiser les performances sur la glace : je ne peux pas me permettre par rapport à moi-même et à mon entourage de n’être qu’un joueur de hockey, dans un milieu aussi instable professionnellement qu’émotionnellement. Se définir autrement que par le hockey m’a également permis à travers les saisons, leurs hauts et leurs bas, de me rendre compte des personnes qui m’apprécient pour ce que je suis et qui ont été, sont et seront toujours là dans les bons et les moments plus difficiles et qui m’estimeront toujours lorsque ma carrière touchera à sa fin. Pour les autres, le vent les emportera aussi vite qu’ils sont apparus à mes côtés.

Ma passion pour le hockey m’a permis d’en être là où j’en suis autant sportivement que psychologiquement, de vivre des expériences diverses dans des contextes plus que différents et qui m’ont permis de construire la personne que je suis devenue, en-dehors et sur la glace, avec ses qualités et ses défauts. Mes seuls conseils seraient donc de laisser vivre votre passion, de cultiver une certaine curiosité à l’égard de tout ce qui pourrait vous faire progresser, mais aussi et surtout de vous entourer des personnes qui comptent pour vous et pour qui vous comptez vraiment et de vous définir autrement que par le hockey. C’est, à mon sens, le secret d’une carrière épanouie.

 

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